La saga en intégrale
B.B. King, c'est aussi une actualité discographique récente. En mars dernier, en effet, il a publié une compilation, "THE DEFINITIVE B.B. KING".
Pour la première fois, on peut trouver réunis sur un seul CD 21 titres qui sont le résumé complet de sa carrière, une large palette d'enregistrements qui ont été réalisés entre 1951 et l'an 2000.
Pour l'instant, ce disque qui a été publié chez Geffen Records, n'est disponible qu'en import.
Riley B. King est né le 16 septembre 1925 dans une plantation du Delta du Mississippi, entre les petites villes d'Indianola et de Itta Bena.
C'est l'époque de la Grande Dépression, et comme c'est le cas pour la plupart des jeunes noirs du Sud, son avenir est tout tracé : comme ses grands-parents, comme ses parents Albert et Nora Ella, il sera ouvrier agricole.
Le seul dérivatif à cette vie de labeur et de pauvreté, c'est la musique. Dès l'âge de cinq ans, le futur B.B. King fréquente les chorales religieuses et se fait la voix sur les negro-spirituals.
Il a neuf ans lorsque son cousin Bukka White, l'un des grands maîtres du Delta Blues, lui offre sa première guitare et scelle définitivement son destin.
B.B. King évoque pour nous ses premiers souvenirs musicaux.
"Mes premiers souvenirs remontent à l'âge de cinq, six ans. J'avais une tante, une jeune femme très moderne qui achetait des disques. A l'époque, c'était encore des 78-tours. Il fallait être très prudent en les manipulant, car ils cassaient facilement. Et si l'un d'entre eux t'échappait des mains, bing, c'était 75 cents à la poubelle. Je me revois, allant chez ma tante et écoutant ses disques. Il y avait là quelques-uns de mes artistes favoris : Blind Lemon Jefferson, Lonnie Johnson et Louis Armstrong. Chez elle, j'étais sage comme une image car c'était la condition qu'elle avait fixée pour que je puisse écouter les disques. Un petit ange, vraiment, voilà ce que j'étais, plus aimable encore que notre pasteur. J'étais prêt à tout pour ces disques."
Dans un premier temps, le jeune Riley King joue et chante indifféremment du gospel ou du blues. Mais l'expérience aidant, il abandonne le premier au profit du second.
"Pourquoi ce changement ? Eh bien, tous les week-ends, suivant une tradition bien établie, j'allais chanter et jouer dans les rues, habituellement du gospel. Les gens me demandaient un titre et je l'interprétais. Généralement, ceux qui demandaient des gospels se contentaient de me donner une tape sur l'épaule ou sur la tête, accompagné d'un 'C'est bien mon gars', pour me remercier. Mais jamais de pourboire, jamais d'argent. Par contre, ceux qui me demandaient du blues me donnaient toujours la pièce, parfois même ils me payaient une bière. Et c'est ce qui m'a fait préférer le blues. Pour être tout à fait honnête, j'avais envie de vivre autrement. Je voulais pouvoir m'acheter une maison, peut-être une voiture, de beaux vêtements. Je voulais être comme ces gens que je croisais parfois ou dont j'avais entendu parler. A l'époque, mon salaire était de vingt-deux dollars et demi par semaine, et j'étais l'un des mieux payés de la plantation ! Mais là, en jouant simplement dans la rue le samedi, j'arrivais à me faire, quarante, cinquante et même soixante dollars en une seule soirée."
En 1946, Riley B. King a vingt et un ans. Il décide d'aller tenter sa chance à Memphis qui n'est qu'à 300 kilomètres plus au nord.
Après un premier séjour qui ne donne rien, il y retourne en 1948, et cette fois-ci, ses talents de guitariste et de chanteur lui ouvrent les portes de WDIA, la première radio de Memphis à diffuser de la musique noire.
Sur WDIA, Riley B. King joue du blues en direct. Il est aussi DJ et présente un show quotidien. Il a choisi comme pseudonyme "The Beale Street Blues Boy". Au fur et à mesure que sa réputation grandit, son nom raccourcit : il est bientôt le "Blues Boy", puis tout simplement "B.B.".
En 1949, B.B. King enregistre son premier disque sur le label Bullet de Nashville. Il s'agit d'un titre qu'il a dédié à sa femme, "Miss Martha King".
En 1950, B.B. King signe sur le label Modern / RPM, et il enregistre plusieurs singles chez Sam Phillips, le futur patron de Sun Records qui vient d'ouvrir le premier studio d'enregistrement de Memphis.
A l'aube de sa longue carrière, B.B. King possède déjà le son si distinctif qui fera de lui le roi du blues : une voix formée au gospel et un jeu de guitare peu influencé par les grands bluesmen du Delta, mais qui traduit son admiration pour Lonnie Johnson et pour les premiers guitaristes électriques, Charlie Christian et T-Bone Walker.
"Je me souviens très bien de l'époque où je n'arrivais pas à dominer ma guitare, où je n'arrivais pas à jouer comme je le voulais. Depuis mes débuts, j'ai considéré la guitare comme une extension de ma voix, comme un complément, et mon approche de l'instrument a toujours reposé sur cette idée . On dit toujours que le violon est ce qu'il y a de plus proche de la voix humaine. Pour moi, ce serait plutôt la guitare. Et c'est ce qui m'a guidé durant mon apprentissage. D'autre part, vous pouvez constater que ma diction est horrible. J'ai fait six ou sept ans de radio et durant tout ce temps, ils n'ont rien fait pour que je m'améliore. Je crois que je me vendais plutôt bien et c'est pour cela qu'ils m'ont gardé. Mais j'aurais dû être viré cent fois. Donc, je parle lentement et les mots ne sortent pas de ma bouche à la vitesse où je le souhaiterais. Dans ces conditions, ma guitare n'est plus seulement une extension de ma voix, c'est, comment dire, une béquille. Elle m'est d'une assistance précieuse. Vous voyez ces gens qui marchent avec une canne. Eh bien, ma guitare, c'est ma canne."
Fin 1951, B.B. King obtient son premier N°1 dans les classements rhythm & blues avec "Three o'clock blues", la reprise d'un succès de Lowell Fulson.
En 1955, B.B. King abandonne définitivement son show radiophonique. Il monte un groupe et prend la route, une route qu'il n'a jamais quittée depuis.
1955 voit aussi l'émergence du rock & roll. Des musiciens noirs comme Chuck Berry et Fats Domino se lancent avec réussite à la conquête du public blanc, mais B.B. King reste en dehors du mouvement. Il se sent fait pour le blues et rien que pour le blues. Il nous en donne ici sa définition.
"Pour moi, le blues, c'est la vie. Telle qu'on l'a vécue dans le passé, telle qu'on la vit aujourd'hui, et telle, je crois, qu'on la vivra demain. Et la vie, ce sont des gens, des endroits et des choses. Aussi longtemps que ces trois éléments seront réunis, le blues continuera d'exister. Parce qu'il y aura toujours des choses qu'on aime et des choses qu'on déteste, des choses que l'on souhaite et d'autres qu'on ne souhaite pas. Généralement, ces choses concernent l'amour. Il y a toujours un autre ou une autre dans l'histoire. Et l'amour, c'est ce qu'il y a de plus important, surtout pour celui qui en est privé."
Fin 1961 et pour la somme de vingt-cinq mille dollars, B.B. King signe sur ABC-Paramount, le label qui abrite alors Ray Charles. ABC apporte quelques retouches à sa musique, en l'entourant d'un orchestre plus conséquent et en apportant de nouveaux arrangements, sans pour autant altérer son caractère unique.
En 1964, B.B. King fait sa première incursion dans le Top 100 du Billboard avec "How blue can I get", suivi quelques mois plus tard par "Help the poor". Révélateur de cette nouvelle approche musicale, ce titre est agrémenté de percussions latines et de chœurs féminins, et si on peut y entendre vaguement une guitare, une chose est sûre, ce n'est pas celle de B.B. King.
Toujours en 1964, ABC a l'excellente idée d'enregistrer B.B. King là où il est certainement le meilleur : sur scène. C'est l'album "LIVE AT THE REGAL", un classique du blues. Il permet de saisir l'incroyable complicité qui existait alors entre le musicien et son public, à une époque bientôt révolue où le blues était encore une musique de Noirs appréciée presque exclusivement par des Noirs.
1965 marque le début d'une nouvelle ère pour le blues. A Londres, les jeunes musiciens blancs ne jurent plus que par cette musique venue des Etats-Unis. Les Rolling Stones, les Yardbirds, John Mayall & ses Bluesbreakers relisent à leur façon les morceaux de Sonny Boy Williamson, Muddy Waters, Robert Johnson ou Willie Dixon, et des guitaristes comme Eric Clapton citent B.B. King comme leur influence majeure.
Le mouvement s'amplifie en 1967. C'est le "blues boom" qui voit l'émergence de groupes majeurs comme Fleetwood Mac, Chicken Shack et Cream. De l'autre côté de l'Atlantique, on assiste à un mouvement identique dont Michael Bloomfield, Al Kooper, Elvin Bishop, et plus tard Canned Heat, sont les meilleurs représentants.
Tout cela profite aux bluesmen noirs qui voient de plus en plus de Blancs acheter leurs disques et assister à leurs concerts. Pour B.B. King comme pour beaucoup d'autres, c'est le début d'une période où ils vont connaître leur plus importante réussite commerciale.
C'est à partir de 1967 que B.B. King obtient ses plus gros succès, à tel point que sa maison de disques monte pratiquement pour lui seul un nouveau label, Bluesway.
C'est sur Bluesway que paraît l'album "LUCILLE" début 1969. "Lucille", c'est le nom qu'a donné B.B. King à sa guitare, à toutes ses guitares, à la suite d'une aventure peu banale qui lui est arrivée en 1949 alors qu'il tournait dans les "chicken shacks", les bars-dancings de l'époque.
"Cet endroit s'appelait Twist, dans l'Arkansas, et nous y jouions assez souvent. Dans l'Arkansas, l'hiver est très rude et pour chauffer la place, ils avaient pris l'habitude de disposer un grand seau à ordures à moitié rempli de kérosène au milieu de la piste. Quand tu es jeune, tu n'as peur de rien et les gens dansaient autour du seau sans jamais le renverser. Mais une nuit, deux gars ont commencé à se battre et l'un d'eux est venu percuter le seau qui est tombé. Le kérosène s'est alors répandu sur le sol comme une rivière de flammes et tout le monde, moi y compris, s'est rué vers la sortie. J'étais dehors lorsque j'ai réalisé que j'avais oublié ma guitare et j'y suis retourné. J'ai failli y laisser la vie quand le bâtiment a commencé à s'écrouler mais j'ai réussi. Le lendemain, j'ai appris que les deux gars qui s'étaient battus l'avaient fait pour une fille qui travaillait dans un petit club voisin. Je ne l'ai jamais rencontrée, mais j'ai su qu'elle s'appelait Lucille. Et j'ai baptisé ma guitare Lucille pour me rappeler de ne jamais refaire une bêtise comme celle que j'avais faite cette nuit-là."
Fin 1969, à l'heure du bilan, celui que l'on appelle désormais "The King of Blues" peut se vanter d'avoir joué en une seule année devant plus d'un million de spectateurs.
Bien sûr, il a tourné avec les Rolling Stones, ce qui relativise un peu cet exploit, mais c'est la preuve indéniable que le blues est devenu une musique universelle.
En février 1970, B.B. King obtient le plus gros succès de sa carrière avec "The thrill is gone". Ce titre lui vaut également son premier Grammy Award.
Cela fait maintenant plus de vingt ans que B.B. King enregistre. Son problème majeur, c'est de parvenir à renouveler sa musique à chaque album, mais sans la dénaturer, ce qui relève de la quadrature du cercle.
Pour l'aider dans sa démarche, ABC décide alors de l'associer à des musiciens de rock blancs. Cela donne d'abord l'album "INDIANOLA MISSISSIPPI SEEDS" avec notamment Carole King et Leon Russell, puis "B.B. KING IN LONDON" où l'on retrouve entre autres Ringo Starr, Dr. John et Alexis Korner.
Le succès de ces albums de collaboration encourage B.B. King à poursuivre dans cette voie. Il explore son côté soul avec Stevie Wonder, puis il s'essaye au jazz avec les Crusaders, avant de retrouver le blues le plus pur le temps de deux albums avec son ami le chanteur Bobby Bland.
Parallèlement, B.B. King s'emploie à élargir son public en jouant sur les scènes du monde entier. A l'image de ce que Louis Armstrong avait été pour le jazz deux décennies plus tôt, Il devient l'"Ambassadeur du blues", tournant inlassablement, visitant chaque pays qui accepte de l'accueillir, lui et sa guitare. Faire connaître sa musique est devenu une mission.
"Oui, j'en accepte tout à fait l'idée et j'en accepte le titre, ce titre d'ambassadeur du blues que beaucoup m'ont donné. Mais je ne le suis pas officiellement. Il faudrait d'ailleurs que j'en parle au Président. Voilà, quelqu'un a lancé ce mot un jour, ambassadeur, et c'est resté. J'aime cette idée, qu'on pense que B.B.King fréquente les hautes sphères. J'adore."
B.B.King s'est produit dans de très nombreux pays différents. Il est notamment le premier bluesman noir à avoir joué dans l'ancienne URSS, où il a donné une vingtaine de concerts entre février et mars 1979.
Tout au long des années 80, B.B. King continue de travailler à un rythme effréné. Il enregistre six albums dont "SIX SILVER STRINGS" qui paraît en 1985, l'année de son soixantième anniversaire.
Il fait aussi quelques apparitions au cinéma, notamment dans "Série noire pour une nuit blanche", dont il signe par ailleurs le thème musical. Mais l'essentiel de son temps, B.B. King le passe sur la route, à raison de 275 concerts par an en moyenne !
Ce chiffre incroyable amène à se demander ce qui peut bien pousser un homme de son âge à travailler autant.
"Quand tu viens d'Indianola dans le Mississippi, d'une plantation, tu sais ce qu'est un champ de coton. Et pour ma part, j'y ai travaillé dur. Les premières années, on a même dû planter des pommes de terre pour avoir quelques chose à manger au printemps. Je me souviens aussi qu'on allait chasser le lapin. Ensuite, on les suspendait au bout d'une ficelle et on les fumait comme on fume le saumon aujourd'hui. C'était le seul moyen de les garder comestibles. Je dis bien comestibles, pas plus. Ce que j'essaye de vous expliquer, c'est que nous n'avions rien. Mais nous ne nous sentions pas pauvres. Nous nous contentions du peu que nous avions. Vous savez, ce que vous n'avez jamais eu ne vous manque pas. Tout ceci est bien loin de ce que je vis aujourd'hui. Aujourd'hui, j'ai la possibilité d'acquérir les choses que j'aime, comme toutes ces vieilles choses.... J'ai aussi pas mal de guitares. Et je m'intéresse également aux ordinateurs. Or pour avoir tout cela, il faut beaucoup travailler... et comme j'adore ça..."
En 1989, B.B. King croise le chemin de U2. De leur rencontre naît "When love comes to town", un énorme succès qui permet à la jeune génération de découvrir le Roi du Blues.
Les années 90 arrivent. B.B. King est plus populaire que jamais. Désormais, tout le monde se l'arrache et c'est ainsi qu'on peut l'entendre au côté de Bonnie Raitt, de Gary Moore, de Branford Marsalis, de Vernon Reid (le guitariste de Living Colour), ou bien encore de Mick Fleetwood et de Stevie Nicks.
Pour son propre compte, B.B. King réalise "THERE IS ALWAYS ONE MORE TIME" en 1991, un travail de facture classique auquel succède "HEART TO HEART", un remarquable album de duos enregistré avec la pianiste et chanteuse de jazz Diane Schuur.
En 1993, B.B. King réalise un vieux rêve en réunissant quelques-uns de ses confrères et amis les plus prestigieux autour d'une douzaine de classiques du répertoire : c'est l'album "BLUES SUMMIT". Le grand moment du disque, c'est la rencontre entre deux géants qui n'avaient jamais enregistrés ensemble : B.B. King et John Lee Hooker. Assistés de Robert Cray et Roy Rogers, ils se livrent à un duel de guitares historique sur "You shook me", le classique de Willie Dixon.
B.B. King est sur la brèche depuis maintenant près de cinquante ans, mais il n'a rien perdu de son envie de jouer. Il semblerait même qu'avec l'âge son talent se soit amélioré, puisque c'est dans la dernière décennie qu'il a réalisé quelques-uns de ses meilleurs disques. Après "Heart to heart", après "Blues summit", le roi du blues attaque très fort l'année 1998 avec "DEUCES WILD". C'est un nouvel album de duos, où il se frotte cette fois aux plus grands noms du rock, de la country et du rhythm & blues.
B.B. King nous explique comment est né ce disque.
"'Deuces wild' est l'aboutissement d'une série de démarches. C'est aussi un disque que je voulais faire depuis très longtemps. Avec l'aide de mon manager Sid Seidenberg, nous avons d'abord sélectionné toute une série de gens avec lesquels j'avais envie de travailler. Puis nous les avons contactés et pour être honnête, aucun n'a dit non. Simplement certains étaient disponibles, d'autres pas. Enfin Sid a finalisé le projet avec MCA. Un projet dont j'aurais aimé être l'instigateur, mais ce n'est pas le cas. Je suis fier de dire que ces duos sont de vrais duos : j'ai participé à tous les enregistrements. Tous. Joe Cocker a bien chanté seul, mais il était là lorsque j'ai rajouté ma voix, et donc je pouvais le regarder, capter son énergie, guetter ses réactions. Mais pour tous les autres, j'étais là."
Outre Joe Cocker, seize stars ont répondu à l'appel de B.B. King, parmi lesquelles Van Morrison, Mick Hucknall de Simply Red, Bonnie Raitt, Dionne Warwick, Tracy Chapman, Marty Stuart, Willie Nelson, Eric Clapton et les Rolling Stones.
On ne peut pas comprendre B.B. King sans évoquer son attachement profond à la religion. Sa foi catholique, qui remonte à sa petite enfance alors qu'il fréquentait la chorale de son village, a joué un grand rôle dans sa vie et a eu une influence majeure sur sa musique. D'où la ferveur quasi-mystique qui habitait le bluesman ce jour de 1997 où il a rencontré le Pape Jean-Paul II.
"Je me suis approché de lui avec une guitare, je l'ai remercié pour tout ce qu'il avait fait et je lui ai dit : 'Saint Père, j'ai un cadeau pour vous'. Il m'a souri et m'a répondu : 'Merci'. J'ai alors tendu la guitare à l'un de ses assistants mais il a tenu à la prendre lui-même et il a ajouté : 'Bonnes fêtes à vous, à votre famille et à ceux qui vous sont chers'. Il parlait très doucement car ce jour-là il n'était pas très en forme, mais bien que ces mots aient été presque murmurés, ils ont résonné très fort en moi. Au cours de mon existence, j'ai eu l'occasion de rencontrer beaucoup de chefs d'état dont deux présidents des Etats-Unis en exercice et trois autres qui ne l'étaient plus, mais je n'avais jamais ressenti ça. Ça a été le plus grand moment de ma vie."
Toujours en 1998, et décidément infatigable, B.B. King enregistre "BLUES ON THE BAYOU". Partant du constat qu'il a souvent laissé à ses producteurs le choix de ses orientations musicales (avec le succès à la clé, il le reconnaît), il a décidé cette fois de se passer d'intermédiaire et de prendre lui-même en charge toutes les étapes de l'élaboration de son album.
Le résultat, "Blues on the bayou", est un disque simple et sans retouche, réalisé à l'ancienne, c'est-à-dire vite et sans déploiement technique trop important. Il nous ramène à l'époque où les micros se contentaient de recueillir le son tel qu'il sortait des instruments et où la notion même de producteur n'existait pas. Cette absence de production, qui a été voulue, est peut-être le seul défaut d'un album de fort bon niveau.
En 1999, B.B. King obtient le neuvième Grammy Award de sa carrière pour "Blues on the Bayou", dans la catégorie "meilleur album de blues traditionnel". En 1987, on lui avait en outre décerné un Grammy spécial qui récompensait l'ensemble de sa carrière.
B.B. King aborde l'an 2000 avec "MAKIN' LOVE IS GOOD FOR YOU", un album qu'il a produit lui-même et qu'il a enregistré avec le groupe qui l'accompagne habituellement sur scène. "Makin' love is good for you", à qui le critique du journal américain "The New York Post" a décerné quatre étoiles, comporte quatorze titres dont six ont été signés par B.B. King. Parmi les reprises, on remarque une composition de Willie Dixon, "Don't go no farther".
On a parfois l'impression que B.B. King est omniprésent, et on n'a pas tort. Outre les nombreuses compilations qui ne cessent de paraître, il est toujours bien là sur le front de la création. Quelques jours à peine après la sortie de "Makin' love is good for you", il revient avec un nouvel album réalisé avec Eric Clapton et baptisé "RIDING WITH THE KING".
Cet album, dont le titre générique est une composition de John Hiatt, propose de nouvelles versions de cinq classiques de B.B. King. Il a été enregistré avec Joe Sample aux claviers, Nathan East à la basse, Steve Gadd à la batterie et avec l'apport de deux autres guitaristes, Doyle Bramhall et Jimmie Vaughan.
On se souvient qu'Eric Clapton, qui avait rencontré B.B. King pour la première fois en 1967, avait déjà participé à son album "Deuces Wild", en 1997.
Alors que la maison de disques Ace Records commence à ressortir en CD tous les albums qu'il avait enregistrés pour le label Crown entre 1957 et 1963, B.B. King propose "REFLECTIONS", un nouvel album réalisé avec la même équipe que "Riding with the king" trois ans plus tôt : le même producteur, Simon Climie, et les mêmes musiciens.
"Reflections" paraît en juin 2003 et propose douze reprises de standards de la musique populaire américaine. B.B. King y propose aussi une nouvelle version d'une de ses propres compositions qu'il avait enregistrée une première fois cinquante ans plus tôt, "Neighborhood affair".
B.B. King vit à Las Vegas, il possède une Rolls, une collection de guitares qu'il a toutes baptisées Lucille et six clubs de blues répartis sur tout le territoire américain. Le 16 septembre prochain, B.B. King fêtera ses 80 ans et il n'envisage toujours pas de s'arrêter. Et lorsqu'il accepte de faire le bilan de sa vie, c'est uniquement pour mieux préparer l'avenir.
"Il y a des moments dont je suis très satisfait. Les moments où j'ai vraiment essayé de faire le maximum, les moments où j'ai joué en donnant tout ce que j'avais dans le ventre, ces moments-là, j'en suis fier, parce que j'ai agi sans calcul, sans retenue. En concert, je ne me suis jamais dit : 'Bon, je joue mon set et je m'en vais'. Jamais. Et ça n'arrivera jamais. Par contre, musicalement parlant, il y a des choses que j'aurais pu faire ou mieux faire si je m'étais montré plus attentif ou si j'avais pratiqué la guitare avec plus de constance. Et bien sûr, il y a mes jeunes années. Je n'ai pratiquement pas été à l'école. J'aurais bien aimé aller au lycée et apprendre la musique, les bases théoriques. Je suis un peu triste d'avoir raté ça. En fin de compte, j'espère que mes fans de tous âges apprécient ce que j'ai accompli. Pour ma part, j'en suis fier, même si je sais que j'aurais pu faire mieux. Mais peut-être n'est-il pas trop tard pour essayer ?"
Avec l'âge, B.B. King a un peu ralenti les concerts. Ce qu'il ne l'empêchera pas d'être en Europe cet été pour quatre rendez-vous importants. lI sera le 28 juin à Bruxelles (à Forest National) ; le 4 juillet à Montreux (à l'Auditorium Stravinsky) et le 6 juillet à Vienne, au Théâtre Antique. B.B. King, qui se produira dans le cadre du festival "Jazz à Vienne", sera ce soir-là la vedette d'une nuit du blues avec Taj Mahal et le tromboniste Big James Montgomery. Enfin, le 7 juillet, B.B. King se produira au Sporting de Monte Carlo.
TITRES DIFFUSÉS (dans l'ordre de leur passage à l'antenne) :
- "Why I sing the blues" (CD "The best of B.B. King")
- "I want you so bad" (CD "King of the Blues 1949-1966")
- "How blue can you get" (CD "King of the Blues 1949-1966")
- "Rock me baby" (CD "King of the blues 1949-1966")
- "Everyday I have the blues" (CD "King of the blues 1949-1966")
- "Miss Martha King" (CD "King of the blues 1949-1966")
- "Three o'clock blues" (CD "King of the blues 1949-1966")
- "Recession blues" (CD "King of the blues 1949-1966")
- "Sweet little angel" (CD "Live at the Regal")
- "I'm gonna do what they do to me" (CD "King of the Blues 1949-1966")
- "Lucille" (CD "King of the blues 1966-1969")
- "The thrill is gone" (CD "The best of B.B. King")
- "I'm moving on" (CD "King of the blues 1976-1991")
- "Caldonia" (CD "B.B. King in London")
- "Ain't nobody's business" (CD "Live at the Apollo")
- "When love comes to town" (CD U2 "Rattle and hum")
- "You shook me" (CD "Blues summit")
- "Paying the cost to be the boss" (CD "Deuces wild")
- "There must be a better world somewhere" (CD "There must be a better world somewhere")
- "Bad case of love" (CD "Blues on the Bayou")
- "Don't go farther" (CD "Makin' love is good for you")
- "Riding with the King" (CD "Riding with the king")
- "Neighborhood affair" (CD "Reflections")
- "I'll survive" (CD "Blues on the Bayou")
DISCOGRAPHIE SÉLECTIVE :
- "B.B. KING WAILS" (album – 1959)
- "MY KIND OF BLUES" (album – 1960)
- "ROCK ME BABY" (compilation – 1962)
- "LIVE AT THE REGAL" (live album – 1964)
- "CONFESSIN' THE BLUES" (album – 1966)
- "BLUES IS KING" (album – 1967)
- "LUCILLE" (album 1969)
- "THE ELECTRIC B.B. KING" (compilation – 1969)
- "COMPLETELY WELL" (album – 1970)
- "INDIANOLA MISSISSIPPI SEEDS" (album – 1970)
- "B.B. KING IN LONDON" (album – 1971)
- "THE BEST OF B.B. KING" (compilation – 1973)
- "TO KNOW YOU IS TO LOVE YOU" (album – 1973)
- "FRIENDS" (album – 1974)
- "KINGSIZE" (album – 1977)
- "MIDNIGHT BELIEVER" (album – 1978)
- "THERE MUST BE A BETTER WORLD SOMEWHERE" (album – 1981)
- "LOVE ME TENDER" (album – 1982)
- "AMBASSADOR OF THE BLUES" (compilation – 1986)
- "INTRODUCING B.B. KING" (compilation – 1987)
- "BLUES 'N' JAZZ" (album – 1983)
- "SIX SILVER STRINGS" (album – 1985)
- "LIVE AT SAN QUENTIN" (live album – 1990)
- "THERE IS ALWAYS ONE MORE TIME" (album –1991)
- "HEART TO HEART" (album – 1991)
- "B.B. KING – CRISTAL COLLECTION" (compilation – 1991)
- "LIVE AT THE APOLLO" (live album – 1991)
- "KING OF THE BLUES" (coffret – 1992)
- "BLUES SUMMIT" (album – 1993)
- "LUCILLE & FRIENDS" (compilation – 1995)
- "THE COLLECTION" (compilation – 1995)
- "DEUCES WILD" (album – 1997)
- "BLUES ON THE BAYOU" (album – 1998)
- "HIS BEST : THE ELECTRIC B.B. KING" (compilation – 1998)
- "GREATEST HITS" (compilation – 1998)
- "LIVE IN JAPAN" (live album – 1999)
- "HIS DEFINITIVE GREATEST HITS" (compilation – 1999)
- "MAKIN' LOVE IS GOOD FOR YOU" (album – 2000)
- "ANTHOLOGY" (compilation – 2000)
- "RIDING WITH THE KING" (avec Eric Clapton)(album – 2000)
- "HERE AND THERE : THE UNCOLLECTED B.B. KING" (compilation – 2001)
- "A CHRITSMAS CELEBRATION OF HOPE" (album – 2001)
- "REFLECTIONS" (album – 2003)
- "THE DEFINITIVE B.B. KING" (compilation – 2005)